[Ecommerce] French Story on Microsoft/UNESCO agreement

Manon Ress manon.ress@cptech.org
Wed Jan 5 08:23:02 2005


Op-ed in French newspaper Lib=E9ration regarding the Microsoft/Unesco
agreement.

Bill Gates is going after the South.  The partnership between Microsoft
and Unesco is a way for Microsoft to promote proprietary software and
will broaden the digital gap....

To read the agreement go to Teemu Leinonente 's site:
on his site: http://www2.uiah.fi/~tleinone/UNESCO-MS-agreement/

    http://www.liberation.fr/page.php?Article=3D265884

    Bill Gates =E0 la conqu=EAte du Sud

    Le partenariat entre Microsoft et l'Unesco risque d'assujettir les
    pays en d=E9veloppement.

    Par SILVEIRA Sergio Amadeu DA et Beno=EEt SIBAUD et Fr=E9d=E9ric COUCHE=
T

    mercredi 05 janvier 2005

    Le 17 novembre, Bill Gates, en d=E9placement =E0 Paris, rendait visite
    au si=E8ge de l'Unesco pour signer un accord de partenariat avec
    l'organisation. L'accord d=E9finit huit objectifs pour lesquels
    l'Unesco et Microsoft se promettent de travailler ensemble, en
    =E9changeant exp=E9rience, savoir-faire et projets de d=E9veloppement.

    Aussi louables que soient ces objectifs, nous nous =E9tonnons de voir
    l'Unesco choisir de les mettre en oeuvre avec le concours de
    Microsoft. Cela, d'autant que l'organisation internationale a
    montr=E9 par le pass=E9 des signes importants de soutien au logiciel
    libre, mettant en ligne un portail qui lui est d=E9di=E9, reconnaissant
    le projet GNU (1) comme =ABTr=E9sor du monde=BB, ou encore en soutenant
    le d=E9veloppement du live CD Freeduc du projet Ofset (2). Le rapport
    annuel 2003 de la Cnuced concluait que =ABles logiciels libres
    pourraient dynamiser le secteur des TIC dans les pays en
    d=E9veloppement=BB et l'Unesco affirmait, par la voix d'Abdul Waheed
    Khan (d=E9partement Information et Communication) : =ABL'Unesco a
    toujours encourag=E9 l'extension et la diffusion de la connaissance
    et reconna=EEt que dans le domaine du logiciel, le logiciel libre
    diffuse cette connaissance d'une mani=E8re que le logiciel
    propri=E9taire ne permet pas.=BB

    Pourtant voil=E0 qu'avec la signature de ce partenariat nous avons le
    sentiment de voir cette honorable institution se d=E9tourner d'une
    opportunit=E9 r=E9elle de r=E9duire la fracture num=E9rique dans les pa=
ys
    en d=E9veloppement. Car quels seront les effets =E0 terme pour les deux
    parties ? A les examiner, on s'aper=E7oit qu'il s'agit de =ABretomb=E9e=
s
    commerciales=BB en ce qui concerne Microsoft tandis que c'est le
    terme de =ABcons=E9quences n=E9gatives=BB qui s'impose pour ce qui rega=
rde
    les pays du Sud...

    La firme de Redmond, en =E9change d'un investissement minime la mise
    =E0 disposition de copies de programmes d=E9j=E0 amortis obtient
    l'opportunit=E9 d'asseoir sa p=E9n=E9tration commerciale dans les pays =
du
    Sud, aur=E9ol=E9e du prestige et du pouvoir prescripteur d'une grande
    organisation internationale. Pour les pays en d=E9veloppement la
    liste des cons=E9quences et des abandons est plus longue.

    En promouvant le logiciel propri=E9taire, l'accord incite les pays en
    voie de d=E9veloppement =E0 percevoir le logiciel comme une chose que
    l'on ach=E8te plut=F4t que de la construire, comme un produit
    industriel plut=F4t qu'une technique culturelle qui m=E9rite d'=EAtre
    enseign=E9e et partag=E9e.  L'accord adh=E8re =E0 l'id=E9e qu'il est
    acceptable de renoncer =E0 des libert=E9s essentielles dans le seul but
    d'avoir acc=E8s =E0 certains programmes informatiques. L'=E9ducation et
    la culture ne se r=E9sument pas au savoir-faire et =E0 la connaissance
    : elles sont =E9galement faites de valeurs. Quand le logiciel est
    utilis=E9 comme v=E9hicule d'=E9ducation et de culture, ces valeurs ne
    devraient pas =EAtre rel=E9gu=E9es au second plan.

    Si les pays en d=E9veloppement aspirent =E0 r=E9duire la fracture
    num=E9rique qui les s=E9pare des pays industrialis=E9s, ils ne comptent
    pas y sacrifier leurs sp=E9cificit=E9s linguistiques et culturelles. Or
    un =E9diteur comme Microsoft, dont on leur propose de devenir les
    clients captifs, n'est pas en mesure de d=E9velopper des versions de
    ses logiciels dans des langues ou pour des usages qui ne lui
    offrent pas un d=E9bouch=E9 commercial rentable. Tel n'est pas le cas
    du logiciel libre o=F9 l'engagement, b=E9n=E9vole ou non, d'un nombre
    r=E9duit de personnes permet cette localisation. Le navigateur
    Internet Mozilla peut ainsi d=E9sormais =EAtre utilis=E9 avec une
    interface en luganda, gr=E2ce aux efforts d'une petite =E9quipe de huit
    personnes. Cette traduction a =E9t=E9 men=E9e =E0 bien en moins d'un an=
 par
    une =E9quipe de huit utilisateurs motiv=E9s, dont quatre traducteurs,
    sans financement et sans organisation formelle.

    Comme le soulignait tr=E8s r=E9cemment l'Association ivoirienne
    GNU/Linux et les Logiciels libres : =ABpour apprendre, il faut
    comprendre=BB. On voit effectivement mal comment les =E9tudiants en
    informatique des pays en d=E9veloppement s'approprieraient des
    techniques dont l'essentiel leur demeure dissimul=E9 ? On cerne
    encore plus mal la l=E9gitimit=E9 en mati=E8re d'enseignement d'une fir=
me
    dont le mod=E8le commercial repose en grande partie sur
    l'interdiction de l'=E9tude et de l'emploi des proc=E9d=E9s techniques
    qu'elle met en oeuvre ? =C0 l'oppos=E9 de cette mentalit=E9 =E9triqu=E9=
e, la
    philosophie du logiciel libre est fond=E9e sur la mutualisation des
    savoirs, parfaitement en harmonie avec la culture du partage
    traditionnelle de nombre de pays en d=E9veloppement, en particulier
    africains. Un slogan =E9cul=E9 de l'aide au d=E9veloppement dat=E9 des
    ann=E9es 70 proclame : =ABEn donnant un poisson =E0 un homme, on le
    nourrit un jour ; tandis qu'en lui apprenant =E0 p=EAcher on le nourrit
    toute sa vie.=BB A l'=E8re de l'informatique, en donnant un logiciel
    propri=E9taire =E0 un homme, on en fait un simple consommateur de
    technologie ; tandis qu'en lui offrant la possibilit=E9 de
    s'approprier la technique du logiciel libre, il en devient
    producteur.

    En faisant le choix du logiciel propri=E9taire, un Etat se limite =E0
    louer une technologie location qu'il acquittera sous forme de
    licences renouvelables et de mises =E0 jour payantes de ses
    outils. Dans le cas du logiciel libre, le d=E9veloppement logiciel
    sera r=E9alis=E9 localement, et ces capitaux qui partaient =E0 l'=E9tra=
nger
    resteront dans le PIB. La capacit=E9 =E0 entreprendre dans la soci=E9t=
=E9
    de l'information d=E9pend prioritairement de l'acc=E8s aux logiciels
    sur lesquels elle s'appuie. Un industriel qui serait d=E9pendant d'un
    fournisseur en situation de quasi-monopole qui lui interdit de
    modifier lui-m=EAme ses outils logiciels pour les adapter =E0 son
    activit=E9 perd tout espoir d'entrer un jour sur un pied d'=E9galit=E9
    dans la comp=E9tition mondiale.  Une industrie bas=E9e sur le logiciel
    libre se place, elle, d'embl=E9e, au m=EAme niveau de technologie que
    les plus grands acteurs internationaux.  A l'heure de la soci=E9t=E9 de
    l'information, seul le pays qui ma=EEtrise ses outils logiciels peut
    esp=E9rer ma=EEtriser son d=E9veloppement. Faute de quoi, il est victim=
e
    d'une colonisation rampante d'abord =E9conomique et culturelle, puis,
    au final, politique. Pour s'en convaincre, il n'est qu'=E0 observer
    les intenses efforts de lobbying antilogiciel libre men=E9s
    actuellement par les Etats-Unis au sein du Sommet mondial sur la
    soci=E9t=E9 de l'information (SMSI).

    Outre son efficacit=E9, les responsables politiques attendent d'un
    syst=E8me de communication que les d=E9lib=E9rations qu'il m=E8ne en so=
n
    sein et les d=E9cisions qu'il s'appr=EAte =E0 prendre ne soient soumise=
s
    ni au regard ni =E0 l'influence d'un tiers, qu'il s'agisse d'une
    puissance =E9trang=E8re ou d'int=E9r=EAts priv=E9s. Assurances que ne p=
euvent
    en aucun cas d=E9livrer les produits Microsoft en raison du caract=E8re
    confidentiel et dissimul=E9 de leurs codes source. D=E8s l'ann=E9e 2000=
,
    un rapport de la D=E9l=E9gation des affaires strat=E9giques, d=E9pendan=
t du
    minist=E8re fran=E7ais des Arm=E9es, pointait d'ailleurs la collusion
    entre la NSA (National Security Agency) et Microsoft, allant
    jusqu'=E0 d=E9noncer, en restant toutefois prudemment au conditionnel,
    la pr=E9sence de fonctionnaires de la NSA parmi les =E9quipes de
    d=E9veloppeurs de Microsoft. Quatre ans plus tard, le rapport
    parlementaire sur l'intelligence =E9conomique command=E9 par le
    gouvernement Raffarin au d=E9put=E9 Bernard Carayon soulignait les
    m=EAmes dangers attach=E9s au logiciel propri=E9taire en mati=E8re
    d'ind=E9pendance informationnelle. Le logiciel libre, dont le code
    source est v=E9rifiable par tous, n'est pas suspect des m=EAmes
    collusions Etats/int=E9r=EAts priv=E9s. Lui seul peut garantir aux pays
    du Sud qu'en rattrapant leur retard technologique, ils n'abdiquent
    pas en m=EAme temps une part de leur souverainet=E9.

    Nous exprimons la crainte qu'=E0 travers ce partenariat, avec le
    concours bien involontaire de l'Unesco, Microsoft ne s'appr=EAte =E0
    forcer la main des pays en d=E9veloppement pour les placer sur la
    voie, non pas d'un d=E9veloppement durable, mais d'une suj=E9tion tout
    aussi durable. Nous craignons que le =ABcadeau=BB de Microsoft ne soit
    le =ABbaiser de la mort=BB donn=E9 =E0 la recherche et =E0 l'industrie
    logicielles de ces pays. L'offre de Bill Gates =E0 l'Unesco est une
    offre de d=E9veloppement commercial pour Microsoft, alors que les
    logiciels libres pr=E9sentent une r=E9elle alternative de d=E9veloppeme=
nt
    culturel, scientifique, technologique et =E9conomique pour les pays
    du Sud.

    Nous prenons acte de la d=E9claration de Ko=EFchiro Matsuura, directeur
    g=E9n=E9ral de l'Unesco, qui a indiqu=E9 que =ABla relation entre Micro=
soft
    et l'Unesco n'=E9tait pas exclusive=BB. Nous esp=E9rons vivement voir c=
es
    propos trouver prochainement leur confirmation =E0 travers une
    d=E9marche qui donne la priorit=E9 au logiciel libre, d=E9marche qui
    r=E9tablirait un =E9quilibre aujourd'hui rompu.

    (1) Projet lanc=E9 en 1984 pour b=E2tir un syst=E8me d'exploitation le
    choeur et le chef d'orchestre de tout ordinateur totalement
    libre. Le nom GNU, =ABGNU's not Unix=BB, est une blague
    d'informaticien, l'acronyme ne livrant jamais sa signification.

    (2) Freeduc est une distribution GNU/Linux enti=E8rement libre ne
    n=E9cessitant aucune installation. Elle est sp=E9cialement d=E9di=E9e a=
u
    monde de l'enseignement et donne la possibilit=E9 aux acteurs du
    domaine de se familiariser avec les 40 applications libres
    s=E9lectionn=E9es.

    Sergio Amadeu da Silveira de l'Institut national des technologies
    de l'information (Br=E9sil), Beno=EEt Sibaud de l'association pour la
    promotion et la recherche en informatique libre et Fr=E9d=E9ric Couchet
    de la Fondation du logiciel libre.


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Manon Anne Ress
manon.ress@cptech.org,
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