[A2k] Publications scientifiques financées par la pub ... on y est

Hervé Le Crosnier herve@info.unicaen.fr
Tue Sep 11 17:58:08 2007


	Bonjour,

	Publications scientifiques financées par la pub... on y est

	Il y a longtemps que cela fait partie des peurs,
	certainement irrationnelles n'est-ce pas, de ceux qui
	regardent l'évolution du secteur économique des publications
	scientifiques....

	Mais c'est fait. Ce week-end, Elsevier, numéro un
	mondial de la publication scientifique, vient d'ouvrir
	le premier site spécialisé financé par la pub.

	OncologySTAT (http://www.oncologystat.com/) vise
	les cancérologues en leur apportant toute l'information sur
	leur discipline, et l'accès gratuit aux publications
	de Elsevier (et aux autres, si elles sont aussi
	d'accès gratuit).

	Financement : la publicité et la gestion des profils
	des cancérologues.

	"The New York Times" aujourd'hui :
	"Elsevier hopes to sign up 150,000 professional users within the
	 next 12 months and to attract advertising and sponsorships,
	especially from pharmaceutical companies with cancer drugs to
	sell. The publisher also hopes to cash in on the site’s list of
	registered professionals, which it can sell to advertisers."
=09http://www.nytimes.com/2007/09/10/business/media/10journal.html

	Ce nouveau portail est la tentative de Elsevier de faire face
	au croisement des courbes d'usages. Une enquête de Manhattan
	Research indique que le nombre de médecins et pharmaciens qui
	lisent les revues en ligne a augmenté de 27 % dans les deux
	dernières années, alors que la lecture des versions imprimées
	décline de 14%.

	C'est une tendance générale : les individus, dans toutes les
	professions s'habituent à la lecture sur écran, et peuvent donc
	de plus en plus aisément appréhender des textes, parfois fort
	longs, sur ce médium. Et imprimer à la demande les textes qu'ils
	jugent les plus important, grâce au format pdf.

	Comme la musique aujourd'hui, l'heure des revues imprimées est
	comptée. Editeurs et bibliothéques scientifiques doivent se
	préparer à ce grand chambardement.

	Mais le web est de son côté en train d'évoluer vers un système
	global de gestion de l'identité. Nos profils valent, et les
	systèmes capables de les enregistrer et les valoriser auprès
	de tiers intéressés à un contact ciblé sont en train de devenir
	le nouveau filon d'or pur du réseau.

	Quand nous devons nous décrire pour accéder "gratuitement" aux
	revues scientifiques de  Elsevier, nous offrons beaucoup :
	- la possiblité d'être contacté (influencé donc) par les
	   marchands... en l'occurence les vendeurs de médicaments
	   anti-cancéreux
	- nos yeux pour lire (subir ?) la publicité qui est sur le site
	- la trace de nos actions sur le site (i.e. les "mises en
	  relations, en correspondance qu'un chercheur effectue quand il
	  croise ses propres lectures)
	- la liste de nos mots-clés, de nos équations de recherche, tous
	  instruments pour anticiper sur les travaux... une mine pour la
	  fouille de données, qui ne permet pas seulement d'améliorer
	  notre profilage, mais aussi de découvrir des "fronts de
	  recherche" et d'anticiper. Je n'ai pas encore dit "espionage
	  industriel", mais j'y pense fortement ; il faudra suivre de
	  près....

	Enfin, toutes les interrogations qui existent déjà sur la
	validité des publications scientifiques dans le domaine des
	médicaments, très fortement soumises à la pression des grands
	laboratoires, vont se trouver reposées. Soyons réalistes : si
	l'industrie de l'influence investit dans la publicité au point
	de soutenir la croissance d'un mastodonte économique comme
	Elsevier, c'est bien qu'elle en espère des retombées sur sa
	propre activité.

	La science peut-elle y gagner quelque chose ?

	L'indépendance des recherches est-elle encore nécessaire ? Si
	nous croyons que oui, que la science est une activité qui met en
	cause l'ensemble de l'organisation sociale et qu'elle est trop
	sérieuse pour devenir un quelconque "programme" susceptible de
	capter l'attention des "tranches de cerveau [spécialisé]
	disponibles"... alors il est temps, et plus que temps, de
	réfléchir au modèle qui se met en place.


	Le libre-accès aux publications scientifiques, tel qu'il a été
	défendu par les chercheurs depuis plus de dix ans, et qui est
	défini dans l'Appel de Budapest de 2000 ne peut pas se
	confondre avec "l'accès gratuit financé par la pub et le
	profilage".

	Le "gratuit" n'est pas toujours "libre". De moins en moins
	d'ailleurs, avec la mainmise de l'industrie de l'influence sur
	le réseau informatique.



Caen, le 10 septembre 2007
Hervé Le Crosnier

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